« Il faut autoriser les visites physiques pour les situations d’urgence »

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Cyril Imsissen, le président du GIE de Lyon, qui regroupe les 63 agences Orpi du territoire, s’insurge contre l’interdiction de la visite physique d’un bien décidé par le gouvernement. Une décision contraire à l’un des principes fondamentaux du secteur de l’immobilier : sans présence physique, aucune vente ou location ne peut se faire. Il propose une solution très encadrée pour éviter de bloquer complètement le marché.

QUESTION : Avec ce second confinement, quelle est la situation des agences immobilières en général et celles d’Orpi en particulier ?

Cyril Imsissen : A l’heure actuelle, nous pouvons réaliser l’intégralité de nos tâches à l’exception de deux : recevoir du public dans nos agences et organiser des visites physiques des biens que nous proposons à la vente ou en location. Nous nous accommodons de ne pas recevoir de public en multipliant les échanges téléphoniques ou par mail. Mais interdire la visite physique d’un bien, c’est empêcher toute vente ou location.

 

QUESTION : Pourtant les agences Orpi ont développé les visites virtuelles ces dernières années…

Oui et nous maîtrisons d’ailleurs complètement ce système, qui a été bien rodé pendant le premier confinement. D’ailleurs aujourd’hui, l’immense majorité de nos annonces bénéficient d’une visite virtuelle. On organise également des visites virtuelles sur FaceTime ou avec des systèmes de visio-conférence, car nos agents ont eux le droit de se rendre au domicile des vendeurs. Mais interdire à un acquéreur ou un futur locataire de se rendre en personne sur le lieu qui l’intéresse, c’est un frein absolu.

 

QUESTION : Pour quelles raisons ?

Cela fait 20 ans que je suis agent immobilier et je n’ai jamais vu quelqu’un acheter un bien immobilier sans le visiter physiquement. Et même si la personne habite à des milliers de kilomètres de distance, elle envoie toujours une personne de confiance sur place. Avant de s’engager définitivement, on a besoin de voir de ses propres yeux. L’immobilier, c’est aussi une question d’émotions, on a besoin de ressentir un lieu, ses odeurs, son atmosphère, sa lumière… Il est indispensable de pouvoir se projeter. Or il est impossible de déclencher un achat ou une location uniquement avec des images virtuelles.

 

QUESTION : Quelles sont les conséquences de cette interdiction ?

Faute de pouvoir organiser des visites et donc d’enclencher une vente ou une location, on se retrouve face à des situations humaines très compliquées, car les clients qui sont dans des situations d’urgence continuent à nous appeler. Nous ne comprenons pas que le logement, un endroit où s’organise la vie de famille, où l’on mange et dort, ne soit pas considéré comme un besoin essentiel par le gouvernement. Alors que certaines situations sont tragiques… 

 

QUESTION : Vous avez des exemples ?

Quand une grand-mère doit partir en Ehpad, il faut bien vendre son appartement pour financer son hébergement. Même chose après un décès, il faut généralement vendre le bien pour payer les droits de succession. Je pense aussi à ces familles qui ont vendu leur bien pour en acquérir un autre et qui sont complètement bloquées, ou celles qui ont pris un prêt relai dans l’attente de trouver le bien qui leur convient. Financièrement, cela peut leur coûter très cher. Sans parler des situations de divorce ou de séparation impossibles à solutionner, qui se passent mal et peuvent entraîner des violences conjugales… Ce constat est d’autant plus frustrant que l’ensemble de la chaîne de l’immobilier (notaires, courtiers, banques, BTP…) fonctionne normalement à l’heure actuelle.

 

QUESTION : Quelles solutions proposez-vous pour débloquer la situation ?

Pour les transactions comme pour les locations, nous proposons de poursuivre les premières visites en virtuel. Si un client est intéressé par un bien, on lui fournit alors l’intégralité du dossier, pour qu’il en ait une parfaite information. De son côté, il doit nous présenter un plan de financement validé par une banque, puis s’engager par écrit à acquérir le bien en question sous réserve de la confirmation d’une visite physique. Le tout accompagné d’un bon de visite dématérialisé précisant et attestant que les conditions ci-dessus sont réunies. Ce n’est qu’à ce moment-là que la visite physique serait autorisée.

 

QUESTION : Quel est l’intérêt du protocole que vous proposez ?

Ces mesures très contraignantes permettraient de trier les clients en situation d’urgence de ceux qu’on appelle dans le métier « les touristes de l’immobilier », de limiter les déplacements et de permettre à ces projets d’aller au bout. Emmanuelle Wargon, la ministre déléguée en charge du Logement, doit nous faire confiance, car on sait gérer ce genre de situation depuis le déconfinement de mai : nos process de distanciation sociale sont parfaitement établis et respectés par nos agents et nos clients. N’oublions pas que les agences immobilières, en aidant les Français à se loger, assurent une vraie mission de service public.

 

QUESTION : La situation que vous dénoncez est d’autant plus mal vécue par les agences immobilières que l’interdiction de visite physique n’est pas respectée de la même manière par les particuliers qui vendent leur bien sur des sites dédiés…

Evidemment ! Cela s’explique par la disproportion totale des sanctions. Si un particulier organise une visite physique non autorisée de son bien, il recevra une amende de 135 euros. Alors qu’une agence immobilière risque tout simplement une fermeture administrative. Ces sanctions manquent tellement d’équité que se pose la question suivante : les sites de vente de particulier à particulier doivent-ils être suspendus en cette période de confinement où les visites sont interdites ? La situation serait alors ubuesque et contre productive. Mais laisser ces sites fonctionner, ce serait fermer les yeux sur la transgression des règles sanitaires par les particuliers, alors qu’elles sont imposées aux agences immobilières… Le pire, c’est que dans le même temps de très nombreuses agences immobilières reçoivent des appels de contrôle de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). Leurs agents se font passer pour des clients qui cherchent à déclencher des visites sous prétexte de situation d’urgence. Nous sommes de nombreux patrons d’agences à estimer que cette volonté de nous piéger est scandaleuse, à un moment où l’on devrait tous se serrer les coudes et trouver ensemble des solutions pour débloquer la situation.

 

QUESTION : Alors que les mesures actuelles divisent plus qu’elles ne rassemblent…

Exactement. Car au fond, qu’un particulier tente en urgence de vendre ou de louer son bien tout seul, ou qu’il passe par un professionnel, son objectif reste le même, c’est de voir son projet immobilier aboutir. Et pour cela, il faut que des clients puissent visiter physiquement son bien. C’est ce que souligne le sondage OpinionWay paru dimanche 8 novembre 2020 dans le Journal du Dimanche : près de 9 Français sur 10 ne sont pas prêts à acheter ou à louer un bien immobilier à partir d’une simple visite virtuelle. Le logement est un bien de première nécessité et il faut urgemment autoriser les visites physiques en les encadrant, ce qui permettra la limitation des déplacements. L’intelligence et le civisme des différents acteurs feront le reste.

« Il faut autoriser les visites physiques pour les situations d’urgence »