Nantes: Trois nouvelles lignes de tramway

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« Trop centré sur Nantes », le nord-est comme le sud-est de l’agglo « oubliés », une ligne 1 déjà « saturée » : jusqu’au 24 janvier, les habitants de la métropole nantaise peuvent donner leur avis sur les trois futures lignes de tram, qui doivent être construites à l’horizon 2026. Et les critiques sont nombreuses…

Le projet en bref

Le 28 juin 2019, le conseil métropolitain a voté la création de trois nouvelles de lignes de tramway, à l’horizon 2026. Cinq kilomètres de voies doivent être construits donnant lieu aux futures lignes L6 de Basse-Ile (Rezé) à Babinière (La Chapelle-sur-Erdre) ; la L7 de Basse-Ile (Rezé) à François-Mitterrand (Saint-Herblain) et la L8 de Basse-Ile (Rezé) au centre commercial Beaulieu.

Ces nouveaux tronçons vont transformer totalement le pont Anne-de-Bretagne, entre le quai de la Fosse et l’île de Nantes, puisque l’ouvrage devra supporter le passage des nouvelles lignes de tram 6 et 7.

À l’horizon 2030-2035, une deuxième phase sera lancée par Nantes métropole pour poursuivre le prolongement des nouvelles lignes de tram, densifier l’offre de transport et favoriser la complémentarité des modes de déplacement.

Jusqu’au 24 janvier, les citoyens, les associations peuvent donner leur avis sur le site dialoguecitoyen.metropole.nantes.fr. En ce moment non, mais d’ordinaire, on a largement le temps de réfléchir dans les embouteillages et imaginer des solutions. C’est le moment ou jamais de s’exprimer. Vos observations seront analysées par les garants du débat public, indépendants. Parmi les 538 propositions recensées à ce jour, certains thèmes reviennent fréquemment dans les doléances des internautes.

 

Un plan auto centré sur Nantes

C’est ce que critiquent de nombreux contributeurs sur cette plateforme participative. « Je suis ahurie de découvrir un projet qui se concentre à nouveau et comme toujours dans le micro-centre de Nantes », écrit notamment Hélène Thomas.

« Une fois de plus, tout est concentrė sur l’île de Nantes, évidemment pour le projet du CHU, sur cette île artificialisée en plein estuaire, en plein réchauffement climatique », critique, pour sa part, Mona Ropars.

En effet, seules Nantes, Orvault, Saint-Herblain, Rezé et Bouguenais sont directement concernées par le tramway. « L’extension à La Babinière avant fin 2024 ne va concerner que la commune de La Chapelle-sur-Erdre, soit une commune de plus », souligne le Groupement d’analyses et d’études de Loire-Atlantique, Gaela, dans son cahier d’acteurs mis en ligne sur le site.

 

Un Nord-Est oublié

« Le parent pauvre », c’est ainsi que se surnomment des habitants du Nord-Est s’estimant lésés dans ce nouveau plan tramway. « À quand une ligne circulaire pour éviter de passer par le centre ou de prendre le périphérique en voiture pour relier la première couronne ? » écrit, par exemple, Anne-Laure Gillier.

« Peut-on espérer un projet solide et véritablement utile à l’est, à Carquefou, Sainte-Luce-Sur-Loire, Thouaré-sur-Loire ? se désole Mona Ropars, à Carquefou. Aller au futur CHU sera toujours une prouesse, avec trois lignes et deux changements. Et les changements de ligne sont rédhibitoires, et conduisent à prendre la voiture. Aucune ligne rapide ne dessert le centre-ville, à l’exception d’un bus express qui ne fonctionne qu’en jours de semaine et aux horaires de pointe. »

Un sud-est orphelin lui aussi

« Pourquoi faire la ligne 8 du tram alors que le récent Busway 5 transporte déjà les voyageurs à travers l’île de Nantes ? Il y a des besoins plus urgents dans le Sud Loire », plaide le maire de Saint-Sébastien-sur-Loire. Laurent Turquois propose plutôt de faire une ligne rapide rive sud entre le pont des Trois Continents et le pont Sédar-Senghor. De bâtir un parking relais près du périphérique, à l’échangeur de Bellevue, avec du transport en commun pour rejoindre cette ligne.

 

De nouvelles lignes… sur un réseau existant

La Métropole annonce la création de trois lignes de tramway, dont deux lignes, les 6 et 7… sur un réseau qui existe déjà, à savoir la ligne 1 ! Un axe de tramway déjà fort saturé qui fait craindre le pire, selon l’association Métro de Nantes. « Pour accueillir les rames de la ligne 6 ou 7, il sera indubitablement nécessaire d’enlever des tramways de la ligne 1 au profit de ces deux nouvelles lignes. À la vue de la croissance démographique, nous nous interrogeons sur la saturation inévitable au croisement de la station Commerce, avec la section centrale de la ligne 1. Rappelons que quatre lignes devront se croiser à Commerce (lignes 1, 2, 3 et 6). Alors quel sera l’impact sur la régularité de la ligne n°1 ? »

 

Pour le Gaela, pas de doute, « la ligne N°1 verra son niveau de service fortement dégradé. Le niveau de service des lignes 6 et 7 sera médiocre aux heures de pointe, et mauvais le reste du temps ».

 

En busway, aussi bien et moins cher

« Le tramway est-il l’unique solution ? » demandent les membres de l’association Trentemoult village. Ils pourraient se réjouir de le voir arriver à leur porte. Mais non, ils doutent de la pertinence d’investir des sommes colossales pour 5 kilomètres de rail et de lourds travaux sur le pont Anne de Bretagne.

 

L’argument avancé par la Métropole est que « le tram peut transporter 6 000 personnes/heure, deux fois plus que le busway ». Cette capacité est-elle justifiée ? Amener les trois lignes jusqu’au terminus de Rezé revient à tabler sur un potentiel de 18 000 usagers, ont calculé ces Trentemousins qui, du coup, se demandent quelles sont les projections de la Métropole en développement urbain du Sud Loire.

 

Au Sud, terminus Basse-île, « un cul de sac »

« Les trois lignes auront un terminus commun : la nouvelle station Basse-Île, à Rezé », annonce la Métropole. Dans le futur quartier à urbaniser où campe le laboratoire artistique Transfert. Soit dans « un cul de sac », observent les Rezéens qui aimeraient savoir comment se fera le lien en bus avec le reste de la ville. Comment on évitera le stationnement sauvage, avec quels parkings relais puisque le scénario actuel exclut d’en ouvrir un au terminus. « Quand serait construit celui de la Bouvre à Bouguenais, en 2026 ? »

 

À l’horizon 2030-2035, amener le tram jusqu’au périphérique, à la porte de Bouguenais, est l’option défendue par la majorité de gauche du conseil municipal de Bouaye. Une voie ferrée existe sur la route de Pornic, la voie est tracée. En couplant avec « un très vaste P + R », les automobilistes venant du sud-ouest de la métropole seraient moins nombreux à embouteiller le centre-ville.

 

14 janvier

C’est la date de la prochaine réunion publique en visioconférence à partir de 19 h. Le dossier sera présenté par des élus, l’équipe du projet et les garants de la Commission nationale du débat public (CNDP). Les participants pourront poser leurs questions en direct via le tchat. Pas d’inscription, mais un lien à ouvrir le jour J sur le site dialoguecitoyen.metropole.nantes.fr.

 

À Carquefou, un véhicule autonome mais pas de tram

« Habitant Rezé et travaillant à Carquefou, j’ai bien pensé lâcher ma voiture contre un vélo électrique, 1 h 10 de trajet aller et autant au retour, raconte Véronique Tableau, sur la plateforme participative. Pas intéressant ! Le tram pour Carquefou serait quand même judicieux, or c’est La Chapelle-sur-Erdre qui a été choisie alors même que cette collectivité bénéficie du tram-train avec quatre stations. »

 

Alors, à quand un tramway passant par Carquefou ? « Ce n’est pas un scénario que je soutiens, insiste Véronique Dubettier-Grenier, la maire de CarquefouUn tram, c’est hors de prix. » Outre la construction des 5 km de voies, l’aménagement du pont Anne-de-Bretagne et l’achat de 17 nouvelles rames de tramway, la facture de ces trois nouvelles lignes de tramway grimpe à 325 millions d’euros. Soit 65 millions le kilomètre.

Rédhibitoire pour la maire de Carquefou qui voit, en revanche, d’un très bon œil l’expérimentation de véhicule autonome, mené par la Métropole, la SNCF et PSA, sur la voie ferrée désaffectée entre Doulon et l’ancienne gare de Carquefou. Sur une portion de 2 km (410 m dans un premier temps), jusqu’au Moulin-Boisseau, la SNCF a retiré les rails pour bitumer une piste où circuleront des véhicules autonomes de transport collectif. Sans conducteur, ces engins de neuf places pourront circuler jusqu’à 50 km/h. Un essai qui doit démarrer au milieu de l’année 2021 pour une durée de deux à trois ans. « Si cette expérimentation fonctionne tant mieux, mais elle donne surtout de la visibilité à cette voie structurante. Pourquoi pas un busway, un chronobus ? L’important, c’est que ce projet légitime cette ancienne voie ferrée comme un axe pertinent. »

(source ouest France 13/01/2021)

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